Pots, jardinières et châssis : le circuit du réemploi au jardin
Avant d'acheter du neuf, apprenez où récupérer pots et jardinières, comment les désinfecter sans risque, quels matériaux durent (terre cuite, bois brut, zinc) et comment fabriquer châssis ou jardinière avec du réemploi.
Par Solène Ricard · 7 min · Mis à jour le 06/09/2026
Pourquoi le jardin engloutit autant de pots et de bacs
Un jardin, même modeste, use beaucoup plus de contenants qu'on ne l'imagine au départ. Semis de printemps, rempotages successifs, boutures mises de côté, jardinières changées à chaque saison : chaque geste de culture appelle son pot, son bac ou sa caissette. Au bout de quelques années, on se retrouve souvent avec un mélange de pots fendus, de jardinières décolorées et de plaques de semis dépareillées, sans avoir vraiment décidé d'en accumuler autant.
Racheter du neuf à chaque fois a un coût, et surtout ce n'est pas nécessaire : la plupart du petit matériel de jardin (pots en terre cuite, bacs en bois, jardinières en zinc, tuteurs, cagettes) circule très bien d'occasion. Il suffit de savoir où chercher, comment le remettre en état sans risquer de transmettre une maladie, et quels matériaux valent la peine d'être conservés sur la durée.
Où récupérer pots, jardinières et petit matériel
Plusieurs circuits se complètent pour trouver du contenant et du petit matériel à bas coût ou gratuitement.
- Les pépinières et jardineries mettent souvent de côté les pots vides que les clients rapportent, en particulier après les grosses périodes de plantation. Il suffit généralement de demander au comptoir : beaucoup les donnent volontiers plutôt que de les jeter.
- Les marchés, en fin de matinée, sont une bonne source de cagettes en bois et parfois de bacs plastiques que les maraîchers ne remportent pas. Demander directement au vendeur reste la meilleure méthode, plutôt que de se servir sans autorisation.
- Le voisinage : un simple mot dans une boîte aux lettres ou un groupe d'entraide de quartier fait souvent remonter des pots qui dorment dans un garage ou un fond de jardin.
- Les structures de réemploi locales reçoivent régulièrement des dons de particuliers et de professionnels et les remettent à disposition à petit prix. Beaucoup de villes en comptent plusieurs, avec des horaires et des objets acceptés qui varient d'un lieu à l'autre : à Nantes par exemple, on peut consulter la liste des ressourceries de Nantes pour repérer celles qui acceptent pots, jardinières et petit matériel avant de s'y déplacer.
Dans tous les cas, mieux vaut inspecter rapidement l'objet sur place : un pot fendu sur toute sa hauteur ou un bac dont le fond est pourri ne vaut pas le trajet.
Désinfecter un pot d'occasion avant de rempoter
Un pot qui a déjà servi peut porter des spores de champignons, des œufs de ravageurs logés dans les interstices, ou simplement une pellicule de mousse et d'algues qui retient l'humidité en excès. Le risque est réel surtout si la plante précédente est morte d'une maladie du sol ou d'une attaque de larves, comme celles de l'otiorhynque qui aiment se nicher au fond des pots.
La désinfection se fait en plusieurs étapes simples :
- Retirer toute la terre restante et brosser à sec les dépôts de mousse et de sel visibles sur les bords.
- Frotter à l'eau chaude savonneuse avec une brosse dure, en insistant sur le rebord intérieur et le trou de drainage.
- Tremper une dizaine de minutes dans une solution d'eau additionnée d'un peu de vinaigre blanc ou d'eau de Javel très diluée, selon ce qu'on a sous la main.
- Rincer abondamment à l'eau claire pour ne laisser aucun résidu, puis laisser sécher au soleil, qui achève de neutraliser une partie des micro-organismes restants.
Pour un pot ayant contenu une plante clairement malade (mildiou, fonte des semis, pourriture racinaire), il vaut mieux prolonger le trempage et éviter d'y remettre tout de suite une plante de la même famille botanique, le temps de laisser le pot bien sécher.
Les matériaux qui vieillissent bien et ceux qui lâchent vite
Tous les matériaux ne se valent pas face aux saisons répétées dehors, et le savoir évite de récupérer en priorité ce qui finira à la poubelle un an plus tard.
Ce qui tient dans la durée
La terre cuite traverse les décennies si elle reste entière : poreuse, elle laisse respirer les racines, mais elle craint le gel quand elle est gorgée d'eau, ce qui peut la faire éclater. Rentrer les pots fragiles ou les vider en hiver limite ce risque. Le bois brut, non traité chimiquement, grise avec le temps mais reste solide plusieurs années, surtout s'il vient d'essences naturellement résistantes à l'humidité comme le châtaignier ou le chêne. Le zinc se comporte très bien dehors : il se recouvre d'une fine patine qui le protège de la corrosion et continue de rendre service longtemps après avoir perdu son aspect brillant d'origine.
Ce qui s'abîme vite
Le plastique fin, du type godet de pépinière ou jardinière bon marché, tient rarement plus de deux ou trois saisons en plein soleil : les UV le rendent cassant, il jaunit puis se fissure au moindre choc. Il reste utilisable pour des usages temporaires ou abrités (semis sous serre, stockage), mais ce n'est pas le matériau à privilégier pour un contenant qui doit rester dehors à l'année.
Fabriquer une jardinière avec des planches et des chutes récupérées
Des chutes de bois de palette, de vieilles planches de coffrage ou une caisse à vin suffisent à monter une jardinière simple. Quelques points à vérifier avant de se lancer :
- Écarter tout bois traité dont l'origine est inconnue : une peinture ancienne ou un traitement industriel n'a rien à faire au contact d'une culture potagère.
- Assembler la caisse avec des vis plutôt que des clous, pour pouvoir démonter et remplacer une planche abîmée sans tout refaire.
- Percer plusieurs trous de drainage dans le fond, plus qu'on ne le pense nécessaire : c'est souvent l'excès d'eau stagnante qui fait pourrir une jardinière de récupération avant l'âge.
- Surélever le bac sur des cales ou des pieds pour éviter le contact permanent avec le sol humide, principale cause de pourrissement du bois.
Une bâche géotextile ou un sac en toile de jute glissé à l'intérieur, avant de remplir de terreau, protège aussi le bois de l'humidité directe et prolonge sa durée de vie de plusieurs saisons.
Monter un châssis simple avec des matériaux de réemploi
Un vieux châssis de fenêtre ou une porte vitrée récupérée fait un excellent couvercle de châssis de jardin, à condition de construire un cadre en bois à ses dimensions exactes. L'orientation compte autant que le matériau : un châssis plein sud, légèrement incliné vers l'avant, profite mieux de la lumière et évacue naturellement l'eau de pluie sans qu'elle stagne sur le vitrage.
Quelques précautions pratiques avant de mettre le châssis en service :
- Vérifier que le vitrage n'est pas fissuré et, si possible, préférer une vitre feuilletée ou un vieux polycarbonate à du verre simple, plus sûr en cas de choc.
- Calfeutrer les jointures entre le cadre et le vitrage pour limiter les déperditions de chaleur la nuit.
- Prévoir un système d'ouverture simple (cale en bois, charnière de récupération) pour aérer les jours ensoleillés, faute de quoi les jeunes plants cuisent rapidement sous le verre.
Ce type de montage convient bien pour avancer des semis au printemps ou prolonger une culture de salades à l'automne, sans investir dans un châssis neuf.
Entretenir ce qu'on a récupéré pour que ça dure
Le réemploi ne s'arrête pas à la récupération : un pot, une jardinière ou un châssis remis en état demande un minimum d'entretien pour tenir plusieurs années. Un nettoyage en fin de saison, avant le rangement hivernal, évite que la terre séchée et les mousses ne s'incrustent d'une année sur l'autre. Le bois profite d'une couche d'huile de lin une fois par an pour rester souple face aux écarts d'humidité, et les vis ou charnières récupérées gagnent à être resserrées régulièrement, car c'est souvent la petite quincaillerie qui lâche en premier, bien avant le matériau principal.
Stocker à l'abri ce qui ne sert pas toute l'année, empiler les pots vides sous un auvent plutôt qu'en plein courant d'air et de pluie, garder une trace de ce qui a servi à quelle culture : ces gestes simples suffisent, dans la majorité des cas, à faire durer un matériel de récupération aussi longtemps qu'un matériel acheté neuf.
- Les pépinières, marchés, voisins et structures de réemploi locales fournissent la majorité du petit matériel de jardin d'occasion.
- Un pot récupéré se nettoie, se désinfecte et se rince avant tout nouveau rempotage, surtout après une plante malade.
- La terre cuite, le bois brut et le zinc vieillissent bien dehors, contrairement au plastique fin qui se fissure au soleil.
- Une jardinière fabriquée en bois récupéré a besoin d'un drainage soigné et d'une surélévation pour éviter le pourrissement.
- Un châssis monté avec une vieille fenêtre demande une orientation plein sud et un système d'aération pour rester utile.
- Recommandations générales de jardinage biologique sur l'entretien du petit matériel
- Guides horticoles sur la prévention des maladies du sol et des ravageurs en pot
- Fiches techniques sur la durabilité des matériaux (terre cuite, bois, zinc) en extérieur
- Ressources sur le réemploi et la réduction des déchets au jardin
Solène Ricard est paysagiste conceptrice. Elle dessine les abords d’une maison et les transitions avec le jardin : terrasses, allées, haies mêlées, petits points d’eau, massifs d’ornement. E...
Ses autres textesQuestions fréquentes
Ce qu'on nous demande
Faut-il désinfecter systématiquement un pot en terre cuite récupéré ?
Oui, même s'il paraît propre, car des spores ou des œufs de ravageurs peuvent rester logés dans la porosité du matériau. Un brossage suivi d'un rinçage à l'eau savonneuse suffit pour un usage courant, un trempage plus poussé est recommandé si l'origine du pot est inconnue.
Peut-on réutiliser un pot ayant contenu une plante malade ?
Oui, mais après un nettoyage plus poussé qu'un pot ordinaire, avec un trempage prolongé et un séchage complet au soleil. Il vaut mieux éviter d'y remettre tout de suite une plante de la même famille botanique que celle qui était malade.
Le bois de palette est-il adapté pour une jardinière potagère ?
Cela dépend de son origine : seules les palettes non traitées chimiquement conviennent au contact d'une culture comestible. En cas de doute sur le traitement, mieux vaut réserver ce bois à un usage décoratif plutôt qu'à un potager.
Comment savoir si un vieux châssis vitré est encore utilisable ?
Il faut vérifier que le vitrage n'a pas de fissure profonde et que le cadre n'est pas gondolé, ce qui empêcherait une fermeture correcte. Un verre simple non fissuré convient, à condition d'être manipulé avec précaution et calé solidement sur son cadre.
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