Débuter les boutures faciles avec cinq plantes indulgentes
Pour debuter bouturage, mieux vaut cinq plantes qui encaissent les oublis, les coupes maladroites et un terreau ordinaire. Avec elles, vous obtenez vite quelques reprises et vous comprenez le geste.
Par Claire Vasseur · 8 min · Mis à jour le 17/08/2026
Cinq plantes qui pardonnent
Pour apprendre les boutures faciles, nous revenons toujours aux mêmes plantes. Elles racinent sans matériel compliqué, elles supportent un peu d’irrégularité d’arrosage, et elles donnent des signes rapides. Les cinq que nous retenons sont le pélargonium, le coleus, la menthe, le chlorophytum et le romarin. Ce ne sont pas les seules, mais ce sont celles qui nous ont le plus souvent sorti d’un début hésitant.
Le pélargonium est bon pour comprendre la coupe propre et le séchage court de la plaie. Le coleus pardonne presque tout, sauf le froid. La menthe racine si facilement qu’elle rassure dès la première semaine. Le chlorophytum permet de réussir avec ses plantules sans toucher à un sécateur. Le romarin est plus lent, mais il apprend la patience et le bon stade de tige, ni trop tendre ni trop dure.
- Pélargonium, bouture de tige de 8 à 10 cm, reprise souvent visible en 2 à 4 semaines.
- Coleus, tige tendre de 7 à 10 cm, enracinement très rapide à chaud.
- Menthe, tronçon de tige ou éclat, racines en 7 à 15 jours selon la température.
- Chlorophytum, plantule gardée attachée ou séparée, reprise simple en intérieur clair.
- Romarin, bouture semi aoûtée de 10 à 12 cm, plus lente mais très formatrice.
Nous évitons au départ les plantes capricieuses ou lentes, comme certains conifères, les camélias ou les arbustes à bois dur en plein été. Ce n’est pas qu’elles soient impossibles. Simplement, elles brouillent l’apprentissage. Quand on débute, il faut une plante qui réponde vite au geste, pas un sujet qui reste muet pendant deux mois.
Le protocole le plus simple
Notre protocole minimaliste tient en peu de choses. Il faut un pot percé, un mélange léger, de l’ombre claire et une surveillance sobre. Nous utilisons souvent un petit godet de récupération, rempli d’un mélange à parts presque égales de terreau tamisé et de sable grossier ou de perlite. Le but n’est pas de nourrir, mais de garder un peu d’humidité sans tasser.
Coupez sous un nœud, enlevez les feuilles du bas, gardez seulement deux à quatre feuilles en tête selon la taille. Enfoncez la base sur 2 à 3 cm, tassez avec les doigts, puis arrosez une fois pour mettre le substrat en contact avec la tige. Ensuite, gardez le mélange simplement frais. Si de l’eau stagne dans la soucoupe, vous allez perdre plus de boutures que vous n’en sauverez.
Ce qu’il faut réunir
Un pot de 7 à 9 cm suffit pour une à trois boutures fines. Placez-les à la lumière sans soleil direct, entre 18 et 24°C. En dessous de 15°C, le coleus et le pélargonium traînent. Au dessus de 28°C sous plastique, les tiges cuisent vite. Nous couvrons rarement. Une bouteille coupée ou une mini serre peut aider dans une pièce sèche, mais il faut alors aérer tous les jours.
Le réflexe du débutant, c’est d’arroser pour se rassurer. Sur un substrat compact, la base noircit en quelques jours. Si vous hésitez, touchez. La surface peut sécher un peu, tant que la motte reste fraîche dessous.
- Prélevez le matin sur une plante bien hydratée.
- Évitez les tiges en fleur, elles racinent moins bien.
- Étiquetez la date, même sur un simple bout de plastique.
- Ne tirez pas pour vérifier. Regardez l’apparition de nouvelles feuilles.
Comment prélever sans se compliquer
Le bon prélèvement fait déjà une bonne moitié du travail. Sur pélargonium, coleus et menthe, choisissez une extrémité saine, non fleurie, souple mais pas molle. Sur romarin, prenez une pousse de l’année qui commence à se raffermir. Sur chlorophytum, prélevez une plantule déjà formée, avec un petit départ de racines si possible. Un outil propre suffit. Nous nettoyons simplement la lame à l’alcool entre deux plantes fragiles.
Nous avons raté beaucoup de boutures par gourmandise. Quand on coupe trop long, la tige transpire trop et s’affaisse. Quand on garde trop de feuilles, l’évaporation dépasse la capacité de la base à refaire des racines. Pour le pélargonium, nous laissons souvent sécher la coupe pendant 2 à 12 heures à l’ombre avant de planter. Pour menthe et coleus, nous plantons tout de suite.
En 2023, sur un lot de pélargonium zonal 'Maverick', les boutures de 9 cm laissées à ressuyer une demi journée ont mieux tenu que celles plantées immédiatement après coupe. Sur 24 godets, les tiges fraîches ont davantage noirci à la base après un épisode lourd à 27°C sous tunnel.
Le bon moment de coupe
La période la plus simple va de mai à septembre pour pélargonium, coleus, menthe et chlorophytum. Le romarin réussit souvent mieux entre août et octobre, quand le bois est semi aoûté. En climat méditerranéen, évitez les jours de mistral sec. Dans le nord ou en zone fraîche, profitez d’une série douce sans nuits froides. Le même geste ne donne pas le même résultat à Lille, à Limoges ou près de Nîmes.
Les cinq plantes côte à côte
Le tableau ci dessous donne un repère simple. Il ne remplace pas l’observation, mais il aide à choisir selon la saison et l’endroit où vous bouturez. Nous l’utilisons comme pense bête quand quelqu’un veut une première réussite rapide.
| Plante | Période la plus simple | Longueur de bouture | Délai courant de reprise |
|---|---|---|---|
| Pélargonium | Mai à septembre | 8 à 10 cm | 2 à 4 semaines |
| Coleus | Juin à août | 7 à 10 cm | 7 à 14 jours |
| Menthe | Avril à septembre | 8 à 12 cm | 7 à 15 jours |
| Chlorophytum | Toute l’année en intérieur clair | Plantule formée | 2 à 3 semaines |
| Romarin | Août à octobre | 10 à 12 cm | 4 à 8 semaines |
Si vous voulez une gratification presque immédiate, commencez par menthe et coleus. Si vous voulez apprendre un geste utile pour les plantes de balcon, prenez le pélargonium. Si vous jardinez surtout en intérieur, le chlorophytum est le plus simple. Si votre but est un arbuste aromatique durable, essayez le romarin, mais faites plusieurs boutures d’un coup. Même sur une espèce indulgente, tout ne reprend pas.
Le sol du jardin compte peu au stade de l’enracinement, car vous travaillez en pot. En revanche, il compte après. Une menthe bouturée en godet s’installe bien en terrain frais, même lourd. Le romarin, lui, souffrira ensuite en argile froide et humide. Dans le sud sec, protégez surtout les jeunes boutures du coup de chaud. Dans le nord humide, protégez les bases de l’excès d’eau et du manque de lumière.
Nos erreurs de débutant les plus courantes
Nous avons commencé comme beaucoup de monde, avec des pots trop grands, un terreau trop riche et des boutures mises en plein soleil parce qu’il faisait beau. Résultat, feuilles molles à midi et bases pourries une semaine plus tard. Une petite bouture vit mieux dans un petit volume de substrat. Le pot sèche plus vite en surface, mais il reste plus aéré, ce qui évite bien des pertes.
Autre erreur classique, mélanger toutes les espèces dans les mêmes conditions. Le coleus accepte mieux l’humidité de l’air, la menthe supporte un peu plus d’eau au pied, le pélargonium préfère une base plus sèche, et le romarin demande de la lumière sans fournaise. Quand on applique une seule recette à tout, on croit être méthodique, mais on gomme les besoins utiles.
- Nous avons perdu des romarins en prélevant des tiges trop jeunes, encore très tendres.
- Nous avons fait filer des chlorophytums en coin sombre, puis les plantules ont stagné.
- Nous avons gardé des boutons floraux sur pélargonium, ce qui a ralenti l’enracinement.
- Nous avons oublié d’étiqueter des menthes. Après reprise, impossible de distinguer les variétés proprement.
Dernier point, souvent sous estimé, la précipitation du rempotage. Une bouture qui tient debout n’est pas forcément prête à quitter son godet. Attendez de voir un départ net de nouvelles feuilles ou quelques racines visibles au fond du pot. Sur menthe et coleus, cela vient vite. Sur romarin, il faut parfois patienter jusqu’à 6 semaines ou davantage sans remuer la motte.
Lire les signes et corriger vite
Quand une bouture échoue, elle parle souvent assez tôt. Feuilles molles le soir même, coupe desséchée. Tige qui noircit au collet, excès d’eau ou chaleur confinée. Feuilles qui jaunissent sans ramollir, manque de lumière ou substrat resté détrempé trop longtemps. Une bouture peut perdre une vieille feuille et repartir quand même, mais une base brune et molle annonce rarement une reprise.
Pour corriger, simplifiez. Déplacez à l’ombre claire. Réduisez l’arrosage. Recoupez au dessus d’une partie saine si la tige noircit seulement sur quelques millimètres. Replantez dans un mélange plus aéré. Si l’air de la maison est sec en hiver, surtout près d’un radiateur, rapprochez les pots les uns des autres plutôt que de noyer les godets. Le microclimat aide plus qu’un arrosage supplémentaire.
Quand passer à l’année suivante
Une fois les racines installées, rempotez dans un terreau plus nourrissant et pincez la tête pour forcer la ramification sur pélargonium, coleus et menthe. Faites cela quand la reprise est nette, pas avant. L’année suivante, gardez une plante mère sobre, non forcée à l’engrais. Les boutures prélevées sur une plante trop tendre et trop poussée reprennent souvent moins bien que celles prises sur un sujet compact, bien éclairé, arrosé sans excès.
- Prélevez des tiges non fleuries de 8 à 10 cm, avec peu de feuilles.
- Plantez dans un petit pot percé, substrat léger, base enterrée sur 2 à 3 cm.
- Gardez à 18 à 24°C, en lumière vive sans soleil direct.
- Attendez de nouvelles feuilles avant de rempoter ou de tirer sur la bouture.
- Larousse, Encyclopédie du jardin, repères de multiplication des plantes et périodes de bouturage
- Rustica, ouvrages pratiques de jardinage, gestes de bouturage et choix des substrats
- Société Nationale d’Horticulture de France, conseils horticoles sur la multiplication végétative
- Jardin du Luxembourg, direction des jardins du Sénat, références de culture horticole et pratique du bouturage
Claire Vasseur a repris les planches familiales en 2013, après dix années passées en pépinière de production dans le Val de Loire. Elle suit surtout les arbres et les arbustes, leur reprise,...
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Questions fréquentes
Ce qu'on nous demande
Est-ce que je peux faire mes boutures dans un verre d’eau ?
Oui, surtout pour le coleus, la menthe et parfois le chlorophytum. C’est pratique pour voir les racines, mais ce n’est pas toujours le plus simple ensuite. Les racines formées dans l’eau sont fragiles au passage en terreau. Si vous débutez, faites un essai dans l’eau et un autre directement en pot. Vous verrez vite ce qui convient chez vous.
Faut-il mettre de l’hormone de bouturage ?
Pour ces cinq plantes, non, ce n’est pas nécessaire pour commencer. Le pélargonium, le coleus, la menthe et le chlorophytum s’en passent très bien. Le romarin peut parfois y répondre, mais la différence vient souvent davantage du stade de la tige, de la chaleur et de l’arrosage. Mieux vaut soigner la coupe, l’aération du substrat et la lumière.
Combien de boutures mettre dans un même pot ?
Pour un petit godet de 7 à 9 cm, mettez une à trois boutures fines. Au delà, l’air circule moins bien et vous surveillez mal l’humidité. Pour la menthe ou le coleus, trois tiges vont bien ensemble si le mélange est léger. Pour le romarin, nous préférons souvent une ou deux boutures par pot, afin de limiter les pertes par pourriture.
Mes boutures font des feuilles mais pas de racines, c’est normal ?
Oui, cela arrive. Une tige peut garder son feuillage ou même gonfler ses bourgeons avec ses réserves, sans avoir encore bien enraciné. C’est fréquent sur romarin et pélargonium. Attendez un vrai signe de reprise, comme une croissance régulière sur plusieurs jours ou des racines visibles au fond du pot. Tant que la base reste ferme, la bouture a encore ses chances.
Je peux bouturer en hiver dans la maison ?
Oui pour le chlorophytum, souvent oui pour le coleus si la pièce est lumineuse et chauffée, parfois pour la menthe en intérieur frais mais clair. Pour pélargonium et romarin, l’hiver est moins simple sans très bonne lumière. Les boutures s’étiolent vite derrière une fenêtre sombre. Si vous tentez, réduisez les arrosages et placez les pots au plus près d’une source de lumière naturelle.
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