Que faire au jardin pour la faune en automne et en hiver
En fin d’année, vous pouvez aider la faune sans laisser le jardin partir en broussailles. L’idée est simple : garder des refuges utiles, couper ce qui pose problème, reporter le reste.
Par Solène Ricard · 8 min · Mis à jour le 17/08/2026
Laisser utile, pas tout garder
En automne, le bon réflexe n’est pas de tout nettoyer. Beaucoup d’animaux cherchent alors un abri sec, des graines, ou des tiges creuses pour passer l’hiver. Vous pouvez donc laisser une part du jardin en place, mais pas au hasard. Gardez les vivaces solides, les ombelles sèches, les touffes denses et une litière de feuilles sous les haies. Une zone de 2 à 5 m² suffit déjà dans un petit jardin.
Ce qu’on coupe tout de suite, ce sont surtout les plantes couchées sur un passage, les tiges malades, les rameaux cassés et ce qui colle à la façade. Le reste peut attendre. Les tiges sèches de fenouil, d’achillée, de verveine de Buenos Aires, de rudbeckia ou de sédum servent de perchoirs, de garde-manger ou de refuge. Dans une terre lourde et humide, mieux vaut toutefois éclaircir un peu pour éviter une masse détrempée tout l’hiver.
Si votre jardin est très exposé au vent, laissez davantage de volume au pied des arbustes qu’en haut des massifs. En climat doux, on peut conserver les feuillages plus longtemps. En climat froid, on garde surtout ce qui protège le sol. Le but n’est pas de faire du fouillis. Le but est de créer quelques zones stables, calmes, que vous ne remuez plus jusqu’à la fin de l’hiver.
Feuilles, tiges, fruits, ce qui compte
Toutes les matières mortes n’ont pas le même intérêt. Les feuilles abritent les invertébrés, nourrissent le sol et protègent les racines du gel. Les tiges creuses ou à moelle accueillent des insectes. Les fruits secs nourrissent les oiseaux quelques semaines de plus. Vous pouvez donc trier au lieu de tout broyer.
- Laissez une couche de feuilles sous les haies et les arbustes, sur 5 à 10 cm, sans coller au tronc.
- Conservez des tiges droites sur 20 à 40 cm quand vous rabattez des vivaces vigoureuses.
- Gardez quelques capitules et ombelles en place jusqu’en février si elles tiennent debout.
- Ramassez en revanche les fruits pourris en masse au pied des arbres si les guêpes ou les rongeurs posent problème près de la maison.
Sur sol sableux, les feuilles se décomposent vite. Vous pouvez en garder davantage. Sur argile froide, une couche trop épaisse reste plaquée et asphyxie parfois le collet des petites vivaces. Dans ce cas, écartez les feuilles du centre des touffes. Dans les jardins très soignés, on peut concentrer cette matière dans des bandes discrètes, derrière une bordure, sous une haie libre, ou au pied d’un grillage planté.
Ce qu’on retire sans attendre
Les tiges noircies par le mildiou, les feuilles très tachées de rosiers, les restes de tomates malades et les amas mous qui fermentent n’aident pas la faune. Ils compliquent surtout le printemps suivant. Nous les retirons du massif, puis nous gardons les matières saines à proximité, en paillage léger ou en petit tas aéré.
Les coins refuges qui restent propres
Vous n’avez pas besoin d’un jardin sauvage pour accueillir la faune jardin hiver. Quelques refuges simples suffisent, à condition de les placer au bon endroit. Choisissez des zones peu piétinées, hors des allées, et qui restent calmes plusieurs mois. Un tas de branches bien fait est plus utile qu’un amas de déchets verts tassés contre la clôture.
- Montez un petit tas de bois avec des branches de 30 à 80 cm, posé sur le sol, dans un coin mi-ombragé.
- Laissez une bande non bêchée au pied d’une haie, large de 40 à 60 cm.
- Retournez seulement une partie du compost en hiver, pas la totalité le même jour.
- Gardez un point d’eau peu profond, avec une sortie facile, plutôt qu’une vasque lisse et profonde.
En 2022, sur la parcelle de vivaces près des cornouillers, nous avons laissé un andain de taille long d’environ 3 mètres et haut de 60 centimètres. Au lieu de le broyer en novembre, nous l’avons gardé jusqu’à fin février. Le dessous est resté sec malgré deux épisodes de pluie battante, et nous y avons trouvé au remaniement plusieurs cocons d’insectes et un nid de feuilles bien tassées.
Le point sensible, c’est l’humidité stagnante. Un refuge utile reste aéré. Un tas compact de tontes humides chauffe, pourrit et finit mal. Si vous manquez de place, faites petit mais net. Un fagot de tiges creuses adossé à une haie, un mini tas de bûchettes, ou une bordure de feuilles retenue par des branchages donnent déjà des gestes saisonniers efficaces, sans déborder sur tout le jardin.
Ce qu’on taille avant le froid
Tout ne doit pas attendre mars. Certaines coupes d’automne et de début d’hiver rendent le jardin plus sain et évitent des dégâts. Nous coupons les plantes qui s’affaissent sur les allées, les annuelles finies, les légumes épuisés et les tiges malades. Nous dégageons aussi les jeunes troncs, pour que les feuilles mouillées ne collent pas au collet pendant des semaines.
Pour les vivaces, nous gardons souvent une partie des tiges. Sur les grands asters, les rudbeckias ou les hélénies, on peut rabattre à 25 ou 30 cm au lieu de raser au sol. Cela garde une structure pour l’hiver et évite l’effet de masse couchée. Sur les graminées, nous attendons plutôt la fin de l’hiver, sauf si elles se couchent complètement et retiennent trop d’eau au cœur.
Le grand nettoyage de novembre, au taille-haie et au souffleur, fait vite perdre l’essentiel. On casse les tiges creuses, on aspire les insectes cachés dans les feuilles, et on laisse le sol nu juste avant le gel. Si vous devez intervenir vite, faites d’abord les zones de circulation et gardez le fond des massifs pour plus tard.
Pour les arbustes, la prudence est simple. On retire le bois mort et les branches cassées. On évite les grosses tailles de forme avant les grands froids, surtout dans le nord ou en altitude. Dans le sud, les hivers plus doux permettent parfois d’avancer un peu, mais un redoux en décembre suivi d’une gelée sèche abîme facilement une pousse relancée trop tôt.
Nourrir moins, abriter mieux
Le jardin aide souvent plus par ses abris que par la nourriture apportée. Les baies, les graines et les insectes du jardin suffisent une bonne partie de la mauvaise saison si vous avez gardé des tiges et une litière de feuilles. Le nourrissage des oiseaux peut dépanner par froid durable, mais il crée aussi de la concentration et des salissures si l’emplacement est mal choisi.
Ce qu’on fait sobrement
Si vous nourrissez, placez le support à l’abri du chat, à distance d’une baie vitrée, et gardez le sol propre dessous. Une coupelle d’eau renouvelée souvent est parfois plus utile qu’une mangeoire. En période de gel, nous cassons la glace le matin et nous remettons de l’eau fraîche. Les hérissons, eux, ont surtout besoin d’un passage sous la clôture et d’un coin sec, pas d’un jardin tondu à ras en décembre.
- Gardez des ouvertures de 10 à 12 cm sous un grillage ou un portail léger pour la petite faune.
- Évitez les filets au sol dans le potager en hiver, ils piègent plus qu’ils ne protègent.
- Laissez quelques fruits secs et graines en place plutôt que de multiplier les apports.
Dans un jardin très fréquenté, avec chien ou passages quotidiens, la tranquillité compte autant que la nourriture. Un refuge placé dans le calme sera plus utilisé qu’un coin riche mais traversé toute la journée. C’est un point que l’on sous-estime souvent quand on veut aider sans perdre la main sur l’entretien.
Le calendrier de fin d’année
Le plus simple est d’étaler le travail. Vous ne faites pas tout en un week-end, et vous ne laissez pas tout non plus. Ce calendrier évite la culpabilité du jardin trop net ou trop laissé. Il donne un ordre de passage que nous suivons assez souvent à la pépinière, avec des ajustements selon le climat.
| Période | Ce qu’on laisse | Ce qu’on fait | Ce qu’on reporte |
|---|---|---|---|
| Fin octobre à mi-novembre | Feuilles sous haies, tiges solides, graines | Nettoyer allées, retirer les plantes malades, monter un tas de branches | Rabattage complet des vivaces saines |
| Mi-novembre à décembre | Graminées debout, ombelles sèches, zones calmes | Protéger le sol avec 5 à 10 cm de feuilles, dégager les collets sensibles | Grosses tailles d’arbustes |
| Janvier | Refuges intacts, point d’eau, litière légère | Contrôler l’humidité, relever une branche tombée, couper le cassé | Nettoyage fin des massifs |
| Février à début mars | Dernières tiges utiles jusqu’au redémarrage | Rabattre les vivaces avant les nouvelles pousses, trier les feuilles restantes | Aucun retard utile, on remet le jardin en route |
Dans le nord, décalez souvent de 2 à 3 semaines selon le gel. Dans le sud, vous pouvez avancer certains nettoyages, mais gardez une part de couvert si l’hiver est sec et venteux. En terrain humide, surveillez surtout les collets et les paillages plaqués. En terrain filtrant, gardez au contraire plus de matière sur place.
Le bon test est visuel. Si vous voyez encore le dessin des allées, des bordures et des volumes, le jardin n’est pas abandonné. Si chaque massif est rasé, le jardin est propre mais pauvre pour l’hiver. Entre les deux, il y a une marge confortable. C’est là que les gestes saisonniers sont les plus utiles, et les moins pénibles au retour du printemps.
- Laissez des feuilles sous les haies sur 5 à 10 cm, pas collées au tronc.
- Rabattez les vivaces solides à 25 ou 30 cm plutôt que de raser tout le massif.
- Retirez sans attendre les tiges et feuilles malades, même si vous gardez le reste.
- Étalez le nettoyage de fin octobre à début mars au lieu de tout faire en novembre.
- LPO, conseils de jardin favorables aux oiseaux et à la petite faune en hiver
- Office français de la biodiversité, repères sur les aménagements de jardin accueillants pour la biodiversité ordinaire
- Jardin du Luxembourg, Sénat, pratiques de gestion des feuilles et des refuges pour la faune en espaces verts
- Denis Pépin et Valéry Tsimba, Le guide du jardin bio, gestes de saison, paillage, taille et accueil de la biodiversité
Solène Ricard est paysagiste conceptrice. Elle dessine les abords d’une maison et les transitions avec le jardin : terrasses, allées, haies mêlées, petits points d’eau, massifs d’ornement. E...
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Questions fréquentes
Ce qu'on nous demande
Est-ce que je peux laisser toutes les feuilles mortes sur la pelouse ?
Mieux vaut non. Sur la pelouse, une couche continue bloque la lumière, garde trop d’humidité et favorise un tapis glissant en hiver. Le bon compromis est de souffler ou ratisser les feuilles vers les haies, sous les arbustes, ou en bande au fond des massifs. Sur une petite zone peu fréquentée, vous pouvez en laisser un peu, mais pas une épaisseur compacte pendant des semaines.
Quand couper les graminées pour ne pas gêner les animaux ?
Nous attendons souvent février ou le tout début mars, juste avant le redémarrage. En hiver, leur touffe sèche abrite, protège le cœur de la plante et garde une structure utile. L’exception, c’est la graminée complètement couchée, qui se gorge d’eau ou bouche un passage. Dans ce cas, vous pouvez lier la touffe ou la rabattre partiellement, sans forcément tout raser.
Un tas de bois attire-t-il forcément les rongeurs près de la maison ?
Pas forcément, mais l’emplacement change tout. Collé à la terrasse, contre un mur chaud, ou au pied d’un local, ce n’est pas une bonne idée. Placé plus loin, dans un coin calme, aéré et posé sur le sol, il sert surtout de refuge discret à la petite faune. Évitez les déchets alimentaires et les tontes humides mélangées au bois, c’est cela qui attire le plus vite les visiteurs indésirables.
Faut-il installer un hôtel à insectes si je laisse déjà des tiges et des feuilles ?
Ce n’est pas obligatoire. Dans beaucoup de jardins, des tiges creuses, du bois sec, une litière de feuilles et quelques zones non remuées rendent déjà service. L’hôtel à insectes peut compléter, mais il ne remplace pas les milieux simples du jardin. S’il est posé à l’ombre, plein vent ou trop près du sol humide, il sert souvent moins qu’un massif laissé tranquille jusqu’à la fin de l’hiver.
Dois-je tailler mes rosiers en automne pour faire plus propre ?
Seulement à la marge. En fin d’automne, vous pouvez raccourcir un peu les longues tiges qui fouettent au vent et enlever le bois mort. La taille principale attend plutôt la fin de l’hiver. Si vous taillez trop tôt, surtout en climat froid, vous exposez les coupes et vous stimulez parfois un départ inutile avant une nouvelle gelée. Gardez aussi en tête que les cynorrhodons nourrissent encore un peu le jardin.
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