Compost au jardin que mettre et quoi éviter
Un bon compost ne dépend pas d’une recette secrète. Il tient surtout au mélange, à l’humidité et au temps. Voici ce qu’on y met, ce qu’on évite, et quand l’épandre sans se tromper.
Par Solène Ricard · 9 min · Mis à jour le 17/08/2026
Le bon mélange de départ
Pour faire un compost jardin qui chauffe et se transforme bien, vous mélangez des matières humides et des matières sèches. Les premières apportent l’azote, les secondes donnent de l’air et du carbone. Chez nous, le tas démarre bien quand on vise à l’œil 2 volumes de matières humides pour 1 volume de matières sèches. Ce n’est pas une science exacte, mais c’est un bon repère. Si vous mettez presque uniquement des tontes ou des épluchures, le tas colle, se tasse et sent vite fort.
Les matières humides sont les épluchures, les restes de légumes, le marc de café, les fleurs fanées, les jeunes adventices sans graines, les tontes en couche fine. Les matières sèches sont les feuilles mortes, le broyat, la paille, les tiges sèches, le carton brun non imprimé déchiré. Quand vous ajoutez des tontes fraîches, gardez la main légère, pas plus de 5 à 8 cm d’épaisseur d’un coup, puis couvrez avec des feuilles ou du broyat.
- Humide et vert, en petite quantité à chaque apport.
- Sec et brun, en couche régulière pour éviter le tassement.
- Un peu de terre de jardin ou de vieux compost pour ensemencer le tas au départ.
- Des morceaux coupés court, idéalement moins de 10 cm, pour accélérer la décomposition.
Le lieu compte aussi. En plein soleil du sud, un compost sèche vite et s’arrête en été. À l’ombre dense et sur sol froid, il reste humide et lent. Le plus simple est un coin mi ombre, posé directement sur la terre. Sur sol sableux, l’humidité part vite, donc vous couvrez le dessus avec des feuilles ou un carton. Sur argile lourde, surveillez surtout l’excès d’eau l’hiver.
Les dechets compostables sans hésiter
La plupart des dechets compostables du jardin et de la cuisine vont au tas, à condition d’être mélangés. Les épluchures, peaux de fruits, coquilles d’œufs écrasées, sachets de thé sans agrafe, filtres en papier, petites quantités de pain rassis et de restes végétaux se dégradent bien. Au jardin, feuilles mortes, tailles souples, fanes saines, fleurs coupées, brindilles broyées et tonte en fines couches sont de bons apports.
Il faut surtout raisonner en texture et en rythme. Un apport très humide appelle un apport sec. Un gros volume d’un seul coup, après une tonte ou une taille, bloque souvent le processus. Si vous avez beaucoup de matière d’un type, étalez les apports sur 2 à 3 semaines ou stockez le sec à côté pour rééquilibrer.
Ce qui marche bien chez nous
Nous gardons à portée de main un tas de feuilles mortes ou de broyat. À chaque seau de cuisine, nous ajoutons une poignée épaisse de brun. Cela limite les moucherons, réduit les odeurs et garde le tas plus souple. Le broyat de rameaux fins est utile, mais en petite quantité s’il est très ligneux. Trop de bois sec ralentit fortement le compost.
En 2022, sur le carré de boutures de cornus, nous avons comparé deux tas démarrés à quinze jours d’écart. Celui enrichi régulièrement avec du broyat fin de noisetier et des feuilles a donné un compost tamisable en environ 8 mois. L’autre, nourri surtout avec tonte et épluchures, est resté lourd, avec des zones compactes et grises même au printemps suivant.
Ce qu’on évite ou qu’on dose
Tout n’a pas sa place dans le compost domestique. Les viandes, poissons, produits laitiers, sauces grasses et gros restes cuisinés attirent les animaux et fermentent mal. Les litières minérales n’apportent rien. Les plantes malades sont un cas à part. Un mildiou léger sur feuillage de tomate peut disparaître dans un tas qui chauffe bien, mais si votre compost reste tiède, mieux vaut écarter les déchets très contaminés. Chez nous, nous ne mettons pas les racines de liseron, chiendent et prêle en gros volume.
Les mauvaises herbes montées à graines posent souvent plus de problèmes qu’on ne le croit. Dans un compost qui ne dépasse pas franchement la chaleur d’une main plongée au centre, certaines graines ressortent encore vivantes. Même chose pour les morceaux de vivaces traçantes. Vous pouvez les laisser sécher au soleil sur une bâche avant compostage, ou les noyer dans un seau fermé quelques semaines, mais nous avons arrêté de compter sur le tas pour les neutraliser.
- Agrumes et oignons, oui, mais en quantité modérée.
- Cendres de bois, oui, en voile fin, 1 à 2 poignées de temps en temps, pas plus.
- Carton brun et boîtes d’œufs, oui, déchirés et humidifiés.
- Noyaux, grosses branches, coquillages, très lents, à éviter si vous voulez un compost fini dans l’année.
Les sacs dits compostables ne se comportent pas tous pareil. En compost domestique, beaucoup restent en lambeaux pendant des mois, surtout en hiver et dans un tas peu chaud. Nous les écartons du compost de jardin, même quand l’emballage affirme le contraire.
Humidité, air et chaleur du tas
Un compost fonctionne avec de l’air et de l’eau. Si le tas est sec, les matières se conservent. S’il est détrempé, elles fermentent. Le bon repère est simple : quand vous prenez une poignée au cœur du tas, elle doit être humide comme une éponge essorée. Pas de jus qui coule, pas de matière croustillante. En été, surtout en région sèche et ventée, un arrosage léger peut relancer le processus. En hiver humide, un couvercle ou une simple planche sur le dessus évite l’excès d’eau.
Le retournement n’est pas obligatoire chaque semaine. En pratique, nous retournons quand le tas s’est tassé ou quand les apports ont été très déséquilibrés. Un premier brassage vers 4 à 6 semaines après le démarrage suffit souvent, puis un autre si besoin. Dans un bac étroit, vous pouvez simplement décompacter à la fourche sur les côtés. L’objectif est d’ouvrir des passages d’air, pas de remuer pour remuer.
Les signes à lire
Une odeur de sous bois, une chaleur sensible au centre et une baisse de volume sont de bons signes. Une odeur d’œuf ou d’ammoniaque indique souvent trop d’humide ou trop d’azote. Un tas qui ne bouge pas, avec feuilles sèches intactes, manque d’eau ou de vert. Un tas collant et brillant manque de brun. Avec l’habitude, on corrige en une brouette de feuilles, un peu de broyat, ou quelques coups de fourche.
Quand le compost est vraiment mûr
Le compost mûr ne se juge pas à une date fixe. Il se juge à l’aspect, à l’odeur et à la tenue. Pour un usage au potager ou au pied des arbustes, nous attendons en général 6 à 12 mois selon la saison de départ, le volume du tas et la finesse des matériaux. Un compost fait au printemps avec beaucoup de broyat fin peut être bon à l’automne. Un tas lancé en fin d’automne, froid et humide, demandera souvent jusqu’au printemps ou à l’été suivant.
Vous pouvez l’utiliser un peu jeune en paillage de surface, mais pas en mélange direct pour semis. Tant qu’il reste des morceaux reconnaissables, une chaleur résiduelle ou une odeur de fermentation, il continue son travail et peut gêner les jeunes racines. Pour les semis et les rempotages, nous tamisons seulement la partie la plus noire et la plus fine, puis nous la mélangeons à faible dose.
| État du compost | Ce que vous observez | Usage au jardin |
|---|---|---|
| Jeune | Morceaux encore visibles, chaleur possible, odeur végétale forte | Paillage au pied des arbres et massifs, couche de 2 à 3 cm |
| Presque mûr | Brun foncé, souple, quelques fibres encore présentes | Potager en surface, incorporation légère sur 3 à 5 cm |
| Mûr | Odeur de terre, texture grumeleuse, plus de chauffe | Plantations, potager, amendement des vivaces, 1 à 3 kg par m² |
| Très mûr et tamisé | Fin, homogène, peu de débris grossiers | Mélange de rempotage à petite dose, 10 à 20 % du volume |
Si vous hésitez, laissez finir un mois de plus. C’est presque toujours préférable à un compost trop frais. Chez nous, les erreurs les plus visibles sur jeunes salades et semis viennent d’un compost encore actif, mis trop près des racines ou incorporé trop profondément.
Où l’épandre et à quelle dose
Le compost n’est pas un engrais rapide, c’est un amendement. Il nourrit le sol, améliore sa structure et sa rétention d’eau. Au potager, nous l’épandons surtout à l’automne et à la fin de l’hiver. Sur sol argileux, l’apport d’automne aide à laisser travailler les pluies et les vers. Sur sol sableux, un apport de fin d’hiver tient mieux avant les plantations. La dose courante reste modérée, 1 à 3 kg par m² selon l’état du sol et la gourmandise des cultures.
Pour les arbustes et les vivaces, vous étalez en surface sans enterrer profondément. Une couche de 2 à 4 cm sous le paillage suffit largement. Au pied des fruitiers, vous restez à distance du tronc, environ 10 à 15 cm, pour éviter l’humidité contre l’écorce. Dans les pots, soyez prudent. Un excès de compost retient trop l’eau et tasse le mélange. Nous dépassons rarement 20 % du volume dans les rempotages courants.
- Potager gourmand, courges, choux, tomates, dose haute dans la fourchette.
- Légumes racines et semis fins, compost très mûr seulement, en couche légère.
- Rosiers, arbustes, petits fruits, apport de surface en fin d’hiver ou en automne.
- Pelouse, compost tamisé très fin, seulement en surfaçage léger au printemps.
Les erreurs qu’on corrige l’année suivante
Quand un compost rate, il laisse des indices clairs. Tas noir et visqueux, trop d’azote et pas assez de sec. Tas clair, inchangé pendant des mois, manque d’eau et de vert. Beaucoup de graines qui lèvent après épandage, chaleur insuffisante ou apport de plantes grainées. L’année suivante, nous ne cherchons pas une recette plus compliquée. Nous corrigeons l’organisation autour du bac, avec une réserve de feuilles, un coin de broyat, et un seau pour pré sécher ce qui est trop humide.
Si vous avez peu de place, faites deux compartiments. Un bac en remplissage, un bac en maturation. C’est plus simple pour savoir où vous en êtes. Le bac en maturation reçoit peu d’apports frais et finit tranquillement pendant 2 à 4 mois. Cette séparation change beaucoup le résultat. Le compost devient plus homogène et on sait mieux quand il est prêt.
Notre routine simple
De mars à juin, nous surveillons surtout le manque d’eau. En été, nous protégeons du soleil fort. En automne, nous stockons un maximum de feuilles sèches pour toute l’année. En hiver, nous laissons mûrir sans trop remuer. Si un tas a reçu trop de tonte, nous l’ouvrons, nous ajoutons du brun, puis nous le laissons tranquille. Ce sont des gestes simples, mais ce sont eux qui évitent la plupart des erreurs de compost jardin.
- Mélangez environ 2 volumes d’humide pour 1 volume de sec.
- Ajoutez les tontes par couches de 5 à 8 cm, jamais en bloc.
- Attendez l’odeur de terre et l’absence de chaleur avant usage près des racines.
- Épandez 1 à 3 kg par m², en surface plutôt qu’en profondeur.
- ADEME, guides pratiques sur le compostage domestique et les biodéchets au jardin
- Compost et paillis, Denis Pépin et Denis Espiard, repères concrets sur les matières, les usages et la maturité
- Terre vivante, ouvrages et fiches de jardinage écologique sur compost, paillage et vie du sol
- Réseau Compost Citoyen, ressources françaises sur les biodéchets et les pratiques de compostage
Solène Ricard est paysagiste conceptrice. Elle dessine les abords d’une maison et les transitions avec le jardin : terrasses, allées, haies mêlées, petits points d’eau, massifs d’ornement. E...
Ses autres textesQuestions fréquentes
Ce qu'on nous demande
Pourquoi mon compost sent mauvais ?
Le plus souvent, il manque d’air et de matières sèches. Cela arrive après un gros apport de tonte, d’épluchures ou de déchets humides tassés. Ouvrez le tas, ajoutez des feuilles mortes, du carton brun déchiré ou du broyat, puis mélangez sans trop comprimer. Si le fond est détrempé, protégez le dessus de la pluie. Une odeur de terre revient souvent en quelques jours à quelques semaines.
Est-ce que je peux mettre les feuilles de noyer au compost ?
Oui, mais pas en masse compacte. Les feuilles de noyer se décomposent plus lentement et gagnent à être mélangées avec d’autres feuilles, des tontes fines ou des épluchures. Si vous en avez beaucoup, faites des couches minces ou passez-les à la tondeuse avant. Nous évitons simplement d’en faire un tas presque pur, car il reste longtemps sec et fibreux.
Combien de temps avant d’utiliser le compost au potager ?
Comptez en général de six mois à un an pour un compost domestique bien mené. Le vrai repère reste son état. S’il est brun, grumeleux, sans chaleur au centre et qu’il sent la terre de sous-bois, vous pouvez l’épandre. S’il contient encore beaucoup de morceaux reconnaissables, gardez-le plutôt en paillage de surface et laissez mûrir davantage avant de l’incorporer.
Peut-on composter les agrumes et les peaux de banane ?
Oui, en petite à moyenne quantité. Les agrumes se dégradent moins vite que des épluchures tendres, surtout en morceaux épais. Coupez-les si possible. Les peaux de banane vont bien au compost, mais elles sont humides et gagnent à être accompagnées de matières brunes. Le problème ne vient pas d’un fruit en particulier, mais de l’excès d’un seul type de déchet.
Faut-il retourner le compost toutes les semaines ?
Non. Un compost domestique avance très bien avec peu de retournements si les apports sont équilibrés. Un brassage après quelques semaines, puis un autre plus tard si le tas s’est tassé, suffit souvent. Ce qui compte le plus, c’est l’humidité correcte et la présence de matières sèches. Retourner trop souvent peut même le refroidir, surtout en saison fraîche.
Le carnet continue
Les derniers textes
Nourrir un hérisson au jardin sans lui faire plus de mal
Si un hérisson passe au jardin, nourrissez-le seulement en coup de pouce, surtout en automne sec ou pour un jeune tardif. Le plu...
Comment encourager la biodiversité dans son jardin
Pour faire revenir la biodiversite au jardin, commencez par laisser des zones calmes, de l’eau peu profonde, moins de tonte et p...
Pourquoi mes tomates ont le cul noir au potager
Le cul noir des tomates vient presque toujours d’une nécrose apicale. Le fruit manque d’eau au mauvais moment, souvent à cause d...